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Full text of "Maximes de Mms de Sablé (1678)"

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Ssrus. ztç, 



o 



MAXIMES 



DE 



MADAME DE SABLE 



CABINET DU BIBLIOPHILE 



TIRAGE. 

2 exemplaires sur parchemin (n«* i et 2). 
1 5 » sur papier de Chine (n»* 3 à 1 7). 

1 5 n sur papier Wathman (n"* 18 à 32). 

3oo » sur papier vergé (n» 33 à 332). 



332 exemplaires. 



N« /fi 



1 



MAXIMES 

M" DE SABLE 

(1678) 



D. JOUAUST, IMPRIMEUR 



LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES 
RUE saiht-honor£, 336 



M DCCC LXX 



J 



f 



« • .*^ - 



' / 







y 



MADAME DE SABLÉ 




ADAME de Sablé appartient à la 
brillante pléiade des grandes 
dames du dix-septième siècle 
dont les maris ne nous sont restés 
connus que par le nom qu'ils avaient 
donné à leur femme. De tous ces maris 
de femmes illustres, le plus obscur est 
sans contredit Philippe^Emmanuel de 
Laval, marquis de Sablé^ de la grande 
famille des Montmorency, fils et gen- 
dre de maréchaux de France. Ses seuls 
mérites étaient sa naissance et sa for- 



— n — 

tune; mais il ne sut sauvegarder ni 
l'une ni l'autre : il dissipa la plus 
grande partie de ses biens dans des 
liaisons indignes du nom qu'il portait, 
indignes surtout de la femme de bien 
dont il avait lié la destinée à la 
sienne. 

Quant à Madeleine de Souvré, mar- 
quise de Sablé par un mariage dans 
lequel son goût n'avait pas été consulté, 
elle n'en conserva pas moins à son 
mari la fidélité qu'elle lui avait jurée. 
A une époque où la galanterie était 
tout à fait de mise^ elle fut le plus par- 
fait modèle de toutes les vertus domes- 
tiques. Jolie^ et partout réputée pour 
rêtre^ comblée d'hommages d'autant 
plus dangereux qu'ils s'adressaient en 
même temps à son esprit et à sa beauté^ 
elle sut résister aux séductions qui 
l'environnaient, et auxquelles il lui eût 
été d'autant plus facile de s'aban- 
donner que la société de son temps ^ si 
indulgente aux erreurs de ce genre^ 



— ni r- 



n'eût pas manqué d'en rejeter entière- 
ment la faute sur les déportements de 
son mari. Tous ses contemporains sont 
d'accord pour témoigner de sa vertu, 
si pourtant l'on en excepte Tallemant 
des Réaux, dont la langue de vipère 
aime à se promener sur toutes les répu^ 
tations. Seulement Madame de Sablé 
avait cinquante ans à l'époque où il 
l'accuse d'une intrigue amoureuse avec 
René de Longueil^ président au Parle- 
ment de Paris, et l'absurdité d'une 
telle supposition montre quel degré de 
confiance on doit accorder aux alléga- 
tions de l'auteur des Historiettes. 

// faut le dire aussi^ Madame de 
Sablé ^ malgré toute l'affabilité de son 
caractère^ était une nature froide^ 
plutôt faite pour l'amitié que pour 
l'amour. L'amitié était pour elle la 
suprême expression de la tendresse. 
Pratiquer l'amitié fut la grande occu- 
pation de sa vie, la définir fut le but 
principal des quelques lignes dans les- 



—.IV — 



quelles elle a fixé ses pensées. Elle en 
parlait souvent dans le cercle litté- 
raire que son esprit distingué avait 
réuni autour d'elle; elle en discuta 
beaucoup avec le célèbre auteur des 
Maximes, et sur ce points comme sur 
tant d'autres^ elle fut en désaccord 
avec lui. Pour le duc de La Rochefou- 
cauld, qui ne connaît pas de tempéra- 
ment à la perversité humaine, il 
n'existe pas de véritable amitié. Aussi 
écoutons-le : 

ce Ce que les hommes ont nommé 
« amitié n'est qu'une société, qu'un 
« mesnagement réciproque d'interests, 
« et qu'un eschange de bons offices; ce 
« n'est enfin qu'un commerce oii l'amour 
« propre se propose toujours quelque 
« chose à gagner '. » 

Madame de Sablé ne se fait pas non 
plus illusion sur l'amitié; elle convient 



I. Voir notre édition in-8^ des Maximes de La 
Roeheftmcàuld (1868), maxime 83, page 3i. 



— V — 



^e la plupart du temps il y a lieu d'en 
suspecter la sincérité. 

« La société, dit-elle, et mesme 
c< l'amitié de la plupart des hommes^ 
« n'est qu'un commerce qui ne dure, 
« qu'autant que le besoin, — Quoique 
a la plupart des amitié^ qui se trou- 
« vent dans le monde ne méritent point 
« le nom d'amitié, on peut pourtant en 
a user selon les besoins, comme d'un 
« commerce qui n'a pas de fonds cer- 
a tain, et sur lequel on est ordinaire- 
« ment trompé ' . » 

Mais pour cela Madame de Sablé 
n'abandonne pas la cause de l'amitié. 
Elle sait bien que la véritable amitié 
existe, puisqu'elle la sent et qu'elle la 
pratique; aussi quelle définition lui en 
dictent et son cœur et son bon sens : 

« L'amitié est une espèce de vertu 
« qui ne peut estre fondée que sur l'es-- 



I. Maximes 77 et 78, pages 44-46 de cette 
édition. 



— VI — 

« time des personnes que l'on ayme, 
« c'est à dire sur les qualité^ de l'âme, 
a comme sur la fidélité, la générosité 
« et la discrétion^ et sur les bonnes 
« qualité^ de l'esprit. — Les amitié^ 
« qui ne sont point establies sur la 
« vertu, et qui ne regardent que l'in- 
« terest ou le plaisir, ne méritent point 
« le nom d'amitié ^ » 

Ainsi parlait une femme qui ne pos- 
sédait certes pas la pénétration de La 
Rochefoucauld, mais qui avait des déli- 
catesses de sentiment inconnues à l'au- 
teur des Maximes. Et cependant bien 
des pensées de la marquise ont une 
grande affinité avec celles du duc; mais 
cette ressemblance vient bien moins 
d'une communauté d'idées que des rap- 
ports d'amitié très-suivis qui s'étaient 
établis entre eux : car Madame de Sa- 
blé eut le rare privilège de vivre dans 
une très-grande intimité avec La Ro- 

I. Voir l'Appendice, pages 5 7 et 58. 



— vn — 



chefoucauld, sans tomber dans les 
pièges que la funeste amitié du duc 
tendit avec succès à plusieurs de ses 
contemporaines. Dans ces mêmes pen- 
sées, exprimées souvent en termes ana- 
logues, perce toujours la différence qui 
existe entre le langage d'une femme 
indulgente^ qui parle avec son cœur, et 
les jugements systématiquement sévères 
d'un homme égoïste^ uniquement guidé 
par son orgueil. Madame de Sablé n'a 
pas, comme son illustre contemporain, 
le défaut de tout généraliser et de 
faire la règle de ce qui n'est que l'ex- 
ception. Elle est d'ailleurs plus dis- 
posée à voir dans r humanité des défauts 
que des vices; pour elle nos travers 
sont toujours un sujet d'étude, mais 
jamais une satisfaction maligne. 

« Les sotises d'autruy^ dit-elle, nous 
a doivent estre plûtost une instruction 
a qu'Hun sujet de nous moquer de ceux 
« qui les font. — On s'instruit aussi 
« bien par le défaut des autres que par 



— Vlll — 

« leur instruction. Vexemple de rim- 
« perfection sert quasi autant à se 
a rendre parfait que celujr de V habileté 
(c et de la perfection. » 

Mais^une fois la part faite aux qua- 
lités du cœur, nous ne pousserons pas 
notre admiration pour Madame de 
Sablé jUsqu^à la comparer à La Roche- 
foucauld pour la noblesse du style ou 
la grandeur de la pensée. Plus ingé- 
nieuse que profonde, elle descend volon- 
tiers dans de petits détails qui accu- 
sent sans doute une exquise sensibilité; 
mais elle ne conçoit pas les vues d^ en- 
semble. 

Sa dix-huitième maxime nous offre 
un exemple remarquable de ce manque 
de largeur dans les idées. Parlant du 
plaisir secret que nous éprouvons par- 
fois à la vue des plus tristes et des plus 
terribles événements, elle attribue ce 
sentiment à la « malignité naturelle 
qui est en nousn. Ici Madame de 
Sablé n'a vu le cœur humain qu'à la 



— ÏX — 



surface, et son regard, faute de poupoif 
y pénétrer plus avant, s'est égaré. Lu- 
crèce, qu'ion ne s'attendait peut-être 
pas à voir figurer ici, et que Madame 
de Sablé serait bien excusable de 
n'avoir pas lu, avait été, lui aussi, 
frappé de cette particularité de notre 
nature; mais^ avec le coup d*ml infail- 
lible du génie, il en aperçut la véritable 
cause, et l'expliqua ainsi dans les qua- 
tre vers par lesquels débute si majes- 
tueusement son deuxième livre De la 
Nature deô choses : 

SuavCi mari magno^ turbaqtibus aquora yentis, 
E terra magnum alterios spectare laborem : 
- Non quia Tezari quemquam est jucunda voluptat, 
Sed quibus ipse malis careas quia cernere suaye est. 

Voilà certes une belle maxime, lar- 
gement conçue et grandement expri- 
mée, et que le duc de La Rochefoucauld 
lui-^même n'eût pas été fâché de rencon-- 
trer sous sa plume. 

Madame de Sablé nest pas d'ail- 
leurs un écrivain; ses maximes ne fu- 



it 



— X — 



rent jamais par elle destinées à l'im- 
pression. Elle en écrivit parce que tout 
le monde dans sa société en écrivait; 
c'était la mode du temps, et l'on se 
plaisait volontiers à cet exercice, qui 
n^ était alors, à vrai dire, qu'un jeu de 
société : on faisait des maximes à peu 
près comme on a fait plus tard des 
charades. Aussi, tout en sachant gré 
à l'abbé d'Ailly de nous avoir fait con- 
naître les Maximes de Madame de Sa- 
blé {moins peut-être pour rendre hom- 
mage à une ancienne amie que pour 
glisser les siennes à la suite de celles 
de la marquise)^, gardons-nous bien 
d'y chercher autre chose que ce que 



I. C'était alors le beau temps des Maximes et 
Pensées, L^abbé d'Ailly en avait fait, comme tant 
d'autres, et il fut bien aise de les montrer aux 
gens à la faveur de celles de M">* de Sablé. Il 
s'excuse modestement de se produire ainsi au 
grand jour, disant que ses pensées « sont d'un des 
amis particuliers de la Marquise » , et que « c'est 
elle en quelque façon qui les a fait naître ». 

Nous pourrons publier ces maximes de d'Ailly, 



XI — 



nous devons raisonnablement y trouver. 
Voyons-y seulement les pensées d'une 
femme vertueuse^ d'un grand cœur et 
d'un grand esprit, qui se plaisait à 
fixer sur le papier le résultat de ses 
réflexions de chaque jour^ et qui, dans 
ces confidences destinées à elle seule ou 
à ses amis intimes, ne dut jamais viser 
à cette perfection de style quelle au- 
rait cherchée, et sans doute rencontrée, 
si elle avait pensé affronter un jour le 
jugement du public. 

Les maximes de Madame de Sablé 
furent d'ailleurs très-goûtées dans le 
cercle qui s^ était formé autour d'elle; 
il en est souvent question dans les cor- 
respondances de ses amis ' ; et si Von 



ainsi que celles d*Esprit, de Domat et d'autres 
petits-moralistes peu connus de la même époque, 
qui sont comme les satellites de Pascal et de La 
Rochefoucauld. 

I. Voir, entre- autres, dans notre publication 
spécimen : Huit Lettres de Madame de Lafayette 
à Madame de Sablé, la lettre III. . 



— XII — 

doit attribuer une partie de leur succès 
au charme que la marquise répandait 
autour d'elle^ et qui s'attachait à tout 
ce qui venait d'elle, il faut bien aussi 
leur reconnaître un véritable mérite, 
indépendant de qualités personnelles de 
l'auteur. Enfin, si Madame de Sablé 
ne fut pas un écrivain comme l'était 
son amie Madame de Lafayette, elle 
contribua puissamment, par la direc- 
tion quelle sut donner à sa société, au 
mouvement littéraire de son époque. 
« Toute la littérature des maximes et 
« des pensées^ dit M. Cousin, est sortie 
« du salon d'une femme aimable re- 
« tirée dans le coin d'un couvent * , 
« qui, n'ayant plus d'autre plaisir que 
« celui de revenir sur elle-même, sur 
« ce qu'elle avait vu et senti, sut donner 



I. Port-Royal dé Paris, où M"»* de Sablé, 
éprouvée par des chagrins de famille et des revers 
de fortune, alla fixer son séjour, et où se forma 
autour d'elle la société de beaux esprits dont elle 
devint le guide et l'arbitre. 



— xin — 



(c ses goûts à sa société, dans laquelle 
(c se rencontra par hasard un homme 
« de beaucoup d'esprit^ qui avait en 
« lui l'étoffe d'un grand écrivain. » 



D. JOUAUST. 



Le titre des Maximes de Madame la Mar^ 
quise de Sablé (Pans, Mabre-Cramoisy, 1678) 
annonce aussi des Pensées diverses de M. L. 
D, Il s'agit ici des pensées de Tabbé d'Ailly, 
publiées à la suite de celles de la Marquise. 
Ne les ayant pas reproduites, nous avons dû 
retrancher du titre la mention qui les con- 
cerne. 

Les Maximes de M^^ de Sablé ont été réim« 
primées à la suite d'une édition des Maximes 
de La Rochefoucauld, publiée à Amsterdam 
en 1712. 

Nous avons donné en appendice des pensées 
sur YAmitiéj qui ne sont imprimées ni dans 
rédition que nous reproduisons ni dans celle 



— XIV — 

de 17 12. Elles se trouvent dans les manuscrits 
de Conrart, t. XI, p. 17 5. 

Ces mêmes manuscrits contiennent aussi une 
autre version de la maxime LXXXI et der- 
nière, sur les Divertissements y Pune de celles 
qui eurent le plus de succès dans la société de 
M"** de Sablé. Nous l'avons placée après l'Ap- 
pendice, en indiquant par des caractères ita- 
liques les différences qui existent entre le ma- 
nuscrit et l'imprimé. 

D. J. 



K^M 



Çp 



MAXIMES 



DE 



MADAME DE SABLÉ 



(1678) 



MAXIMES 

DE MADAME 

LA MARQUISE 

DE SABLÉ. 



A PARIS, 

Chez Sbbastien Mibre-Crauoisy, 

Imprimeur du Roy, tuS S. Jacques, 

aux Cicognes. 

M. DC. LXXVII I 
AVEC PRIV! LECE DY ROY. 





'illustre Personne qui a 
composé les maximes qu'on 
donne au public avoit des 
qualitez si grandes et si extraordi- 
naires qu'il est bien difficile de les 
exprimer par des paroles, quoyqu'on 
les sente bien, et qu'on en soit vive- 
ment touché pour peu qu'on ait eu 
l'honneur de la connoistre. Elle a 
convaincu les honnestes gens de son 
siècle qu'un mérite essentiel et ache- 
vé n'est pas de la nature de ces 
choses qui flatent en vain les espé- 
rances des hommes. Elle a esté éga- 



— 4 — 

lement honorée des grands et des 
particuliers, et elle avoit établi une 
espèce d'empire sur les uns et sur 
les autres par une supériorité natu- 
relle à laquelle tout le monde se sou- 
mettoit aisément. 

Sans biens , presque sans crédit^ 
mesme aux dernières années de sa 
vie, elle avoit une cour nombreuse 
de personnes choisies de tout âge et 
de tout sexe, qui ne sortoient jamais 
d'auprès d'elle que plus heureux et 
conmie charmez de l'avoir veûë. 
Plusieurs mesme^ par des étabiisse- 
mens considérables selon leurs diffé- 
rentes conditions, ont éprouvé ce 
que pouvoit son extresme bonté tou- 
jours agissante, toujours ingénieuse, 
et si féconde en mille moyens de faire 
du bien que les bons succès ont près- 



— 5 — 

que toujours suivi Tapplication con- 
stante qu^elle avoit à rendre de bons 
ofQces à ses amis. Sa vie a esté pres- 
que toute occupée à leur faire plaisir, 
et son sommeil mesme, quelque pré 
cieux qu'il luy.fiist, n'estoit jamais 
interrompu qu'elle n'en remplist les 
intervalles par de nouveaux soins 
de leur procurer quelques avantages. 
Cette bonté estoit si pure et si déli- 
cate qu'elle ne pouvoit souffrir les 
moindres médisances et les moindres 
railleries : elle les regardoit comme 
de grandes marques de petitesse d'es- 
prit ou de malignité. 

Sa charité égaloit sa bonté; ou, 
pour mieux dire , il y avoit un si 
juste mélange de l'une avec l'autre 
qu'elle estoit toujours également pré- 
parée à soulager le prochain, et 



— 6 — 

mesme à prévenir ses désirs et ses 
besoins, autant qu'elle estoit en estât 
d'y satisfaire. EUeavoitsi bien trouvé 
cette parfaite union de toutes les ver- 
tus de la société civile avec les vertus 
chrétiennes qu'elle étoit également 
respectée des solitaires et des gens 
du monde. 

Jamais im grand cœur ne fut con- 
duit par un esprit plus vaste et plus 
éclairé. Elle Tavoit rempli de toutes 
les belles connoissances qui peuvent 
instruire et polir tout ensemble la 
raison. Elle sçavoit très-bien les lan- 
gues espagnole et italienne, et sur 
tout la véritable morale : les maxi- 
mes qu'elle en a faites sont des le- 
çons admirables pour se conduire 
dans le commerce du monde. Elle 
écrivoit parfaitement bien : la bonté 



— 7 — 

de son esprit et celle de son cœur 
luy donnoient une éloquence natu- 
relle et inimitable. Ses sentimens es- 
toient si justes et si raisonnables, 
que^ pour toutes les choses de bon 
sens et de bon goust, ils estoient au- 
tant d'arrests souverains qui deci- 
doient du prix et du mente de tout 
ce qu'on soûmettoit à son jugement. 
Elle avoit une raison si droite^ et 
tellement dégagée de tout ce qui 
trouble ordinairement les autres, 
que, bien loin d'estre prévenue par 
des opinions particulières^ elle esti- 
moit la vertu et les bonnes choses 
par tout où elle les trouvoit dans les 
personnes et dans les livres, égale- 
ment ennemie de Topiniâtreté et de 
rindignation qui vient de l'opposi- 
tion des sentimens , toujours preste 



— 8 — 

à recevoir la vérité, de quelque costé 
qu'elle luy fùst présentée. Sa conver- 
sation avoit tant de charmes ^ et es- 
toit pleine de choses si utiles, si 
agréables et si insinuantes, que tout 
le monde y trouvoit son compte ; et 
on ne la quittoit jamais qu'on ne se 
trouvast beaucoup plus honneste, 
avec plus d'esprit et des sentimens 
plus élevez. 

Jamais personne n'a porté la po- 
litesse à un plus haut point de per- 
fection : elle estoit répandue en tout 
son procédé^ dans les petites conmie 
dans les grandes choses. Elle avoit 
une fermeté et une fidélité extresme 
à garder le secret de ses amis, et une 
discrétion si fine, si circonspecte et 
si juste pour tout ce qui regardoit 
leurs interests, qu'on ne peut rien 



— 9 — 

imaginer au delà. Tant de rares qua- 
litez iuy avoient acquis Festime et la 
bienveillance d'un grand Prince^ qui 
Iuy en a donné des marques essen* 
tielles jusques à la mort. 

Ces grands soins de conserver sa 
santé, que tant de personnes qui ne 
la voyoient point accusoient de foi- 
blesse, étoient justifiez lors qu'on la 
voyoit de prés. La grandeur de son 
esprit, qui Iuy donnoit tant de veûës 
inconnues aux autres^ jointe à une 
longue expérience, Tavoit si bien in* 
struite de mille voyes secrètes qui 
pouvoient altérer ou conserver sa 
santé, que ses amis ont sujet de 
croire qu'elle leur auroit encore épar- 
gné la douleur de l'avoir perdue^ 
si Dieu n'avoit limité nos jours en 
leur prescrivant des bornes certaines 



— 10 — 



que toute la science et toute rindus- 
trie des hommes ne peuvent passer. 
Une si belle et si glorieuse vie a 
esté enfin terminée par une mort 
très-chrétienne. Cette crainte de la 
mort qu'elle avoit fait tant de fois 
paroistre, mais qui estoit beaucoup 
plus dans ses discours que dans ses 
sentimens, après quelques derniers 
efiforts, cessa enfin ^ lors qu'elle vit 
ce terme fatal de plus prés. Elle s'a- 
bandonna aux décrets de la provi- 
dence de Dieu avec des sentimens si 
religieux et si dévots, que, pensant 
uniquement à son salut^ elle compta 
le reste pour rien. De là vint cette 
hiunilité profonde qui luy fit ordon- 
ner qu'on l'enterrast dans un cime- 
tière^ conmie une personne du peu- 
ple, sans pompe et sans cérémonie. 



— II — 



Pour finir enfin son éloge, on peut 
dire d'elle qu'elle a esté Tomement 
de son siècle, les délices de ses amis, 
un bien général^ et qu^elle laisse 
par sa mort un si grand vuide dans 
le monde, pour les personnes qui 
avoient le bonheur de la voir et de 
la connoistre, qu'il n'y a pas lieu 
d'espérer qu'on le puisse jamais rem- 
plir dignement. 



î:.«lty 



^ 



MAXIMES- 



I 




OMME rien n^est plus foible et 
moins raisonnable que de sou- 
mettre son jugement à celuy 
d^autruy^ sans nulle application du sien, 
rien n^est plus grand et plus sensé que 
de le soumettre aveuglément à Dieu, en 
croyant sur sa parole tout ce qu'il dit. 



II 



Le vray mérite ne dépend point du 



— 14 - 

temps ni de la mode. Ceux qui n^ont 
point d^autre avantage que i*air de la 
G>ur le perdent quand ils s^en éloi- 
gnent. Mais le bon sens, le sçavoir et la 
sagesse rendent habile et aimable en 
tout temps et en tous lieux. 

III 

Au lieu d'estre attentifs à connoistre 
les autres, nous ne pensons qu'à nous 
faire connoistre nous-mesmes. Il vaudroit 
mieux écouter, pour aquerir de nou- 
velles lumières, que de parler trop, pour 
montrer celles que Ton a aquises. 



IV 



Il est quelquefois bien utile de feindre 
que Ton est trompé : car, lorsque Ton 
fait voir à un homme artificieux qu^on 
reconnoist ses artifices, on luy donne 
sujet de les augmenter. 



— i5 — 



On juge si superficiellement des choses 
que Pagrément des actions et des paroles 
communes^ dites et faites d^un bon air, 
avec quelque connoissance des choses 
qui se passent dans le monde, réussis- 
sent souvent mieux que la plus grande 
habileté. 



VI 



Estre trop mécontent de soy est une 
foiblesse. Estre trop content de soy est 
une sotise. 

VII 

Les esprits médiocres^ mais malfaits, 
sur tout les demi-sçavans, sont les plus 
sujets à Topiniâtreté. Il n^y a que les 



— i6 — 

âmes fortes qui sçachent se dédire et 
abandonner un mauvais parti. 



VIII 

La plus grande sagesse de l'honmie 
consiste à connoistre ses folies. 



IX 



L^honnesteté et la sinœrité dans les 
actions égarent les méchans et leur font 
perdre la voye par laquelle ils pensent 
arriver à leurs fins, parce que les mé- 
chans croyent d^ordinaire qu*on ne fait 
rien sans artifice. 



X 



Cest une occupation bien pénible aux 
fourbes d^avoir toujours à couvrir. le 



— 17 — 

défaut de leur sincérité et à réparer le 
manquement de leur parole. 



XI 



Ceux qui usent toujours d'artiâce 
devroient au moins se servir de leur 
jugement pour connoistre qu'on ne peut 
gueres cacher long-temps une conduite 
artificieuse parmi des hommes habiles 
et toujours appliquez à la découvrir, 
quoyqu'ils feignent d'estre trompez pour 
dissimuler la connoissance qu'ils en ont. 

XII 

Souvent les bienfaits nous font des 
ennemis, et Tingrat ne Test presque 
jamais à demi : car il ne se contente pas 
de n'avoir point la reconnoissance qu'il 
doit, il voudroit mesme n'avoir pas son 
bienfacteur pour témoin de son ingra- 
titude. 

3 



— i8 — 



XIII 

Rien ne nous peut tant instruire du 
dérèglement général de l'homme que la 
parfaite connoissance de nos dérègle- 
mens particuliers. Si nous voulons faire 
réflexion sur nos sentimens, nous recon- 
noîtrons dans nôtre ame le principe de 
tous les vices que nous reprochons aux 
autres : si ce n^est par nos actions, ce 
sera au moins par nos mouvemens. Car 
il n'y a point de malice que l'amour pro- 
pre ne présente à l'esprit pour s'en servir 
aux occasions^ et il y a peu de gens assez 
vertueux pour n'estre pas tentez. 



XIV 

Les richesses n'apprennent pas à ne 
se point passionner pour les richesses. 
La possession de beaucoup de biens ne 



— 19 — 

donne pas le repos qu^il y a de n^en point 
désirer. 



XV 

Il n'y a que les petits esprits qui ne 
peuvent soufifrir qu'on leur reproche leur 
ignorance, parce que, comme ils sont 
ordinairement fort aveugles en toutes 
choses, fort sots et fort ignorans, ils ne 
doutent jamais de rien, et sont persuadez 
qu'ils voyent clairement ce qu'ils ne 
voyent qu'au travers de l'obscurité de 
leur esprit. 

XVI 



Il n'y a pas plus de raison de trop 
s'accuser de ses défauts que de s'en trop 
excuser. Ceux qui s'accusent par excès 
le font souvent pour ne pouvoir souffrir 
qu'on les accuse, ou par vanité de faire 



— iO — 

croire qu'ils sçavent confesser leurs dé- 
fauts. 

XVII 

C'est une force d'esprit d'avoûër sin- 
cèrement nos défauts et nos perfections; 
et c'est une foiblesse de ne pas demeurer 
d'accord du bien ou du mal qui est en 
nous. 

XVIII 

On aime tellement toutes les choses 
nouvelles et les choses extraordinaires 
qu'on a même quelque plaisir secret par 
la veûë des plus tristes et des plus terri- 
bles évenemens, à cause de leur nou- 
veauté et de la malignité naturelle qui 
est en nous. 

XIX 

On peut bien se connoître soy-mesme, 



— 21 — 



mais on ne s^examine point assez pour 
cela, et Ton se soucie davantage de pa* 
roistre tel qu'on doit estre que d'estre en 
effet ce qu'on doit. 



XX 



Si l'on avoit autant de soin d*estre ce 
qu'on doit estre que de tromper les au- 
tres en déguisant ce que Ton est, on 
pourroit se montrer tel qu'on est, sans 
avoir la peine de se déguiser. 



XXI 



Il n y a personne qui ne puisse rece- 
voir de grands secours et de grands 
avantages des sciences ; mais il y a aussi 
peu de personnes qui ne reçoivent un 
grand préjudice des lumières et des con- 



— 22 — 



noissances qu^ils ont acquises par les 
sciences, s^ils ne s^en servent comme si 
elles leur étoient propres et naturelles. 



XXII 



Il y a une certaine médiocrité diffi- 
cile à trouver avec ceux qui sont au 
dessus de nous, pour prendre la liberté 
qui sert à leurs plaisirs et à leurs diver- 
tissemens sans blesser Thonneur et le 
respect qu'on leur doit. 



XXIII 



On a souvent plus d'envie de passer 
pour officieux que de réussir dans les 
ofl&ces, et souvent on aime mieux pou- 
voir dire à ses amis qu'on a bien fait 
pour eux que de bien faire en effet. 



~ 23 — 



XXIV 

Les bons succès dépendent quelque- 
fois du défaut de jugement, parce que le 
jugement empesche souvent d'entrepren- 
dre plusieurs choses que Tinconsidera- 
tion fait réussir. 

XXV 

On loue quelquefois les choses pas- 
sées pour blâmer les présentes, et, pour 
mépriser ce qui est, on estime ce qui 
n'est plus. 

XXVI 

Il y a un certain empire dans la ma- 
nière de parler et dans les actions qui 
se fait place par tout, et qui gagne par 



— 24 - 

avance la considération et le respect. 
Il sert en toutes choses, et mesme pour 
obtenir ce qu^on demande. 

XXVII 

Cet empire qui sert en toutes choses 
n'est qu'une autorité bienséante qui 
vient de la supériorité de Tesprit. 

XXVIII 

L'amour propre se trompe mesme par 
Tamour propre, en faisant voir dans ses 
interests une si grande indifférence pour 
ceux d'autruy qu'il perd l'avantage qui 
se trouve dans le commerce de la rétri- 
bution. 

XXIX 

Tout le monde est si occupé de ses 



— 25 — 

passions et de ses interests qiie ron en 
veut toujours parler, sans jamais entrer 
dans la passion et dans Tinterest de ceux 
à qui on en parle, encore qu^iis ayent le 
mesme besoin qu'on les écoute et qu^on 
les assiste. 

XXX 

Les liens de la vertu doivent estre plus 
étroits que ceux du sang, Phomme de 
bien estant plus proche de Thomme de 
bien par la ressemblance des mœurs 
que le fils ne Test de son père par la res- 
semblance du visage. 



XXXI 

Une des choses qui fait que Ton trouve 
si peu de gens agréables et qui parois- 
sent raisonnables dans la conversation, 
c^est quUl n^y en a quasi point qui ne 

4 



— 26 — 

pensent plûtost à ce quUls veulent dire 
qu^à répondre précisément à ce qu^on 
leur dit. Les plus complaisans se conten- 
tent de montrer une mine attentive, au 
mesme temps qu'on voit dans leurs yeux 
et dans leur esprit un égarement et une 
précipitation de retourner à ce qu^ils 
veulent dire ; au lieu qu'on devroit juger 
que c'est Un mauvais moyen de plaire 
que de chercher à se satisfaire si fort, et 
que bien écouter et bien répondre est 
une plus grande perfection que de parler 
bien et beaucoup, sans écouter et sans 
répondre aux choses qu'on nous dit. 



XXXII 

La bonne fortune fait quasi toujours 
quelque changement dans le procédé, 
dans l'air, et dans la manière de con- 
verser et d'agir. C'est une grande fpi- 
blesse de vouloir se parer de ce qui n'est 
point à soy. Si Ton estimoit la vertu plus 



— 27 — 

que toute autre chose, aucune faveur ni 
aucun employ ne changeroit jamais le 
cœur ni le visage des hommes. 

XXXIII 

Il faut s'accoutumer aux sotises d^au- 
truy, et ne se point choquer des niaise- 
ries qui se disent en nostre présence. 

XXXIV 

La grandeur de Pentendement em- 
brassé tout. Il y a autant d'esprit à souf- 
frir les défauts des autres qu'à connoître 
*eurs bonnes qualitez. 

XXXV 

Sçavoir bien découvrir l'intérieur 
d'autruy, et cacher le sien, est une 
grande marque de supériorité d'esprit. 



— »8 — 



XXXVI 

Le trop parler est un si grand défaut, 
qu'en matière d*afifaires et de conversa- 
tion, si ce qui est bon est court, il est 
doublement bon; et Ton gagne par la 
brièveté ce que Ton perd souvent par 
Texcés des paroles. 



XXXVII 

On se rend quasi toujours maître de 
ceux que Ton connoist bien, parce que 
celuy qui est parfaitement connu est en 
quelque fiiçon soumis à celuy qui le con- 
noist. 

XXXVIII 
L'estude et la recherche de la venté 



— 29 — 

ne sert souvent qu^à nous faire voir par 
expérience i^gnorance qui nous est natu* 
relie. 

XXXIX 

On fait plus de cas des hommes quand 
on ne connoist point jusqu^où peut aller 
leur suffisance, car Ton présume toujours 
davantage des choses que Ton ne voit 
qu*à demi. 

XL 

Souvent le désir de paroître capable 
empesche de le devenir, parce que Ton a 
plus d'envie de faire voir ce que Ton sçait 
que Ton n'a de désir d'apprendre ce que 
l'on ne sçait pas. 

XLI 
La petitesse de l'esprit, l'ignorance et 



- 3o — 



la présomption, font Topiniastreté, parce 
que les opiniastres ne veulent croire que 
ce qu^ils conçoivent, et qu^ils ne conçoi- 
vent que fort peu de choses. 



XLII 

Cest augmenter ses défauts que de les 
désavouer quand on nous les reproche. 



XLIII 

Il ne faut pas regarder quel bien nous 
fait un ami, mais seulement le désir qu'il 
a de nous en faire. 



XLIV 

Encore que nous ne devions pas aimer 
nos amis pour le bien qu^ils nous font, 



— 3i — 

c*est une marque quMls ne nous aiment 
gueres s^ils ne nous en font point quand 
ils en ont le pouvoir. . 

XLV 

Ce n'est ni une grande louange, ni un 
grand blâme, quand on dit qu^un esprit 
est ou n^est plus à la mode. S'il est une 
fois tel quMl doit estre, il est toujours 
comme il doit estre. 

XLVI 

L'amour qu^on a pour soy-mesme est 
quasi toujours la règle de toutes nos 
amitiez. Il nous fait passer par dessus 
tous les devoirs dans les rencontres où il 
y va de quelque interest, et mesme ou- 
blier les plus grands sujets de ressenti- 
ment contre nos ennemis, quand ils de- 
viennent assez puissans pour servir à 
nostre fortune ou à nôtre gloire. 



/ 



— 3a — 

XLVII 

Cest une chose bien vaine et bien 
inutile de faire l^examen de tout ce qui se 
passe dans le monde, si cela ne sert à se 
redresser soy-mesme. 

XLVIII 

Les dehors et les circonstances don- 
nent souvent plus d^estime que le fonds 
et la realité. Une méchante manière gâte 
tout, mesme la justice et la raison. Le 
comment fait la meilleure partie des 
choses, et l'air qu'on leur donne dore, 
accommode et adoucit les plus fâcheu- 
ses. Cela vient de la foiblesse et de la 
prévention de l'esprit humain. 

XLIX 
Les sotises d'autruy nous doivent 



— 33 — 



estre plûtost une instruction qu^un sujet 
de nous moquer de ceux qui les font. 



La conversation des gens qui aiment 
à régenter est bien fâcheuse. Il feut tou- 
jours estre prest de se rendre à la vérité, 
et à la recevoir de quelque part qu^elle 
nous vienne. 



LI 



On s^instruit aussi bien par le défaut 
des autres que par leur instruction, 
^exemple de l'imperfection sert quasi 
autant à se rendre parfait que celuy de 
rhabileté et de la perfection. 



LU 

On aime beaucoup mieux ceux qui 

5 



-34- 

tendent à nous imiter que ceux qui tâ- 
chent à nous égaler. Car Pimitation est 
une marque d estime, et le désir d'estre 
égal aux autres est une marque d^envie. 



LUI 

C^est une louable adresse de faire re- 
cevoir doucement un refus par des pa- 
roles civiles, qui réparent le défaut du 
bien qu^on ne peut accorder. 



LIV 



Il y a beaucoup de gens qui sont tel- 
lement nez à dire non^ que le non va 
toujours au-devant de tout ce qu'on leur 
dit. Il les rend si desagréables, encore 
bien qu'ils accordent enfin ce qu'on leur 
demande, ou qu'ils consentent à ce 
qu'on leur dit, qu'ils perdent toujours 



- 35 — 



Tagrément qu'ils pourroient recevoir s^ils 
n'avoient point si mal commencé. 



LV 

On ne doit pas toujours accorder 
toutes choses, ni à tous. Il est aussi 
louable de refuser avec raison que de 
donner à propos. C'est en cecy que le 
non de quelques-uns plaît davantage 
que le ouï des autres. Le refus accom- 
pagné de douceur et de civilité satisfait 
davantage un bon cœur qu^une grâce 
qu^on accorde sèchement. 



LVI 

Il y a de Pesprit à sçavoir choisir un 
bon conseil, aussi-bien qu'à agir de soy- 
mesme. Les plus judicieux ont moins de 
peine à consulter les sentimens des au- 



— 36 — 

très, et c^est une sorte d^habileté de sca- 
voir se mettre sou» la txMUie conduite 
d*autruy. 

LVIl 

Les maximes de la vie chrétienne, qui 
se doivent seulement puiser dans les vé- 
ritez de PEvangile, nous sont toujours 
quasi enseignées selon Pesprit et Phu- 
meur naturelle de ceux qui nous les en- 
seignent. Les uns, par la douceur de 
leur naturel, les autres, par Taspreté 
de leur tempérament, tournent et em- 
ployent selon leur sens la justice et la 
miséricorde de Dieu. 



LVIII 

Dans la connoissance des choses hu- 
maines^ notre esprit ne doit jamais se 
rendre esclave^ en s'assujetissant aux 



-37- 

Êintaisies d^autruy. Il faut étendre la li- 
berté de son jugement, et ne rien mettre 
dans sa teste par aucune autorité pure- 
ment humaine. Quand on nous propose 
la diversité des opinions, il &ut choisir, 
s'il y a lieu ; sinon, il faut demeurer dans 
le doute. 

LIX 

La contradiction doit éveiller l'atten- 
tion, et non pas la colère. Il faut écouter 
et non fuir celuy qui contredit. Nostre 
cause doit toujours estre celle de la vérité, 
de quelque façon qu'elle nous soit mon- 
trée. 

LX 

On est bien plus choqué de l'ostenta- 
tion que Ion fait de la dignité que de 
celle de la personne. C'est une marque 
qu'on ne mérite pas les emplois quand 



— 38 — 

on se fait de feste; si Ton se fait valoir^ 
ce ne doit estre que par Téminence de la 
vertu. Les Grands sont plus en vénéra- 
tion par les qualitez de leur âme que par 
celles de leur fortune. 



LXI 

Il n'y a rien qui n'ait quelque perfec- 
tion. Cest le bonheur du bon goust de 
la trouver en chaque chose; mais la 
malignité naturelle fait souvent décou- 
vrir un vice entre plusieurs vertus, pour 
le révéler et le publier, ce qui est plùtost 
une marque du mauvais naturel qu'un 
avantage du discernement ; et c'est bien 
mal passer sa vie que de se nourrir tou- 
jours des imperfections d'autruy. 



LXII 



Il y a une certaine manière de s'écou- 



-39-- 

ter en parlant qui rend toujours désa- 
gréable : car c^est une aussi grande folie 
de s^écouter soy-mesme quand on s^en- 
tretient avec les autres que de parler tout 
seul. 

LXIII 

Il y a peu d^avantage de se plaire à 
soy-mesme quand on ne plaist à per- 
sonne : car souvent le trop grand amour 
que Ton a pour soy est châtié par le mé- 
pris d'autruy. 

LXIV 

Il se cache toujours assez d*amour 
propre sous la plus grande dévotion pour 
mettre des bornes à la charité. 



LXV 



Il y a des gens tellement aveuglez, et 



- 40 ~ 

qui se flattent tellement en toutes choses, 
quUls croyent toujours comme ils dési- 
rent, et pensent aussi fiedre croire aux 
autres tout ce qu^ils veulent : quelque 
méchante raison qu^ils employent pour 
persuader, ils en sont si préoccupez quUl 
leur semble qu^ils n^ont qu^à le dire d^un 
ton fort haut et affirmatif pour en con- 
vaincre tout le monde. 



LXVI 

LUgnorance donne de la foiblesse et 
de la crainte; les connoissances donnent 
de la hardiesse et de la confiance. Rien 
n^étonne une ame qui connoist toutes 
choses avec distinction. 



LXVII 



Cest un défaut bien commun de 



— 41 — 

n^estre jamais content de sa fortune, ni 
mécontent de son esprit. 



LXVIII 

Il y a de la bassesse à tirer avantage 
de sa qualité et de sa grandeur pour se 
moquer de ceux qui nous sont soumis. 



LXIX 

Quand un opiniâtre a commencé à 
contester quelque chose, son esprit se 
ferme à tout ce qui le peut éclaircir : la 
contestation Pirrite, quelque juste qu^elle 
soit, et il semble qu^il ait peur de trouver 
la venté. 

LXX 

La honte qu^on a de se voir ioûër 

6 



— 42 — 

sans fondement donne souvent sujet de 
faire des choses qu^on n'auroit jamais 
faites sans cela. 



LXXI 



Il vaut presque mieux que les Grands 
recherchent la gloire, et mesme la vanité, 
dans les bonnes actions, que s^ils n^en 
étoient point du tout touchez : car, encore 
que ce ne soit pas les faire par les principes 
de la vertu, l'on en tire au moins cet 
avantage, que la vanité leur fait faire 
ce qu'ils ne feroient point sans elle. 



LXXII 



Ceux qui sont assez sots pour s'estimer 
seulement par leur noblesse méprisent 
en quelque façon ce qui les a rendus 
nobles, puisque ce n'est que la vertu de 



-43- 

leurs ancestres qui a fait la noblesse de 
leur sang. 

LXXIII 

L^amour propre fait que nous nous 
trompons presque en toutes choses, que 
nous entendons blasmer et que nousblas- 
mons les mesmes défauts dont nous ne 
nous corrigeons point, ou parce que nous 
ne connoissons pas le mal qui est en nous, 
ou parce que nous Tenvisageons toujours 
sous Tapparence de quelque bien. 



LXXIV 

La vertu n^est pas toujours où Ton 
voit des actions qui paroissent vertueuses : 
on ne reconnoist quelquefois un bienfait 
que pour établir sa réputation, et pour 
estre plus hardiment ingrat aux bienfaits 
qu^on ne veut pas reconnoître. 



— 44 - 



LXXV 



Quand les Grands espèrent de faire 
croire qu^ils ont quelque bonne qualité 
qu^ils n'ont pas, il est dangereux de mon- 
trer qu'on en doute : car en leur ostant 
resperan(te de pouvoir tromper les yeux 
du monde, on leur oste aussi le désir de 
£ûre de bonnes actions qui sont conformes 
à ce qu'ils affectent. 

LXXVI 

La meilleure nature, étant sans ins- 
truction, est toujours incertaine et aveu- 
gle. Il faut chercher soigneusement à 
s'instruire pour n'estre ni trop timide, ni 
trop hardi, par ignorance. 

LXXVII 
La société, et mesme l'amitié de la 



plupart des hommes, n'est qu'un com- 
merce qui ne durequ'autant que le besoin. 



LXXVIII 

Quoique la pluspart des amidez qui se 
trouvent dans le monde ne méritent 
point le nom d'amitié^ on peut pourtant 
en user selon les besoins, comme d'un 
commerce qui n'a pas de fonds cer- 
tain et sur lequel on est ordinairement 
trompé. 

LXXIX 

L'Amour, par tout où il est, est tou- 
jours lemaistre. Il forme l'ame, le cœur 
et l'esprit, selon ce qu'il est. Il n'est ni 
petit ni grand selon le cœur et l'esprit 
qu'il occupe, mais selon ce qu'il est en 
luy-mesme ; et il semble véritablement 
que l'Amour est à Tame de celuy qui 



y 



-46- 

aime ce que Tame est au corps de celuy 
qu'elle anime. 

LXXX 

L'amour a un caractère si particulier, 
qu'on ne peut le cacher où il est, ni le 
feindre où il n'est pas. 



LXXXI 

Tous les grands divertissemens sont 
dangereux pour la vie chrétienne ; mais 
entre tous ceux que le monde a inventez il 
n y en a point qui soit plus à craindre que 
la Comédie. C'est une peinture si natu- 
relle et si délicate des passions qu'elle les 
anime et les fait naître dans nôtre cœur, et 
surtout celle de l'Amour, principalement 
lors qu'on se représente qu'il est chaste 
et fort honneste : car, plus il paroît inno- 
cent aux âmes innocentes, et plus elles 



— 47 — 

sont capables d'en estre touchées. On se 
fait en mesme temps une conscience 
fondée sur Phonnesteté de ces sentimens, 
et on s^imagine que ce n^est pas blesser 
la pureté que d^aimer d*un amour si 
sage. Ainsi on sort de la Comédie le cœur 
si rempli de toutes les douceurs de Pa- 
mour, et Pesprit si persuadé de son inno- 
cence, qu'on est tout préparé à recevoir 
ses premières impressions, ou plutôt à 
chercher Poccasion de les faire naître 
dans le cœur de quelqu'un, pour recevoir 
les mesmes plaisirs et les mesmes sacri- 
fices que Pon a veûs si bien représentez 
sur le théâtre. 



^M 



ep 



TABLE DES MAXIMES 



Le chiffre marque le nombre de chaque Maxime, 



Agrément. 5. 63. 

Amitié. 43, 44, 77, 78. 

Amour. 79, 80. 

Amour propre. i3, 28, 29, 46, 63, 64, 73. 



B 



Bienfait. 12,74. 
Bon goust. 61. 
Bon sens. 2. 



Comédie. 81. 



- 5o — 

Connoissance de soy-mesme. 19. 
Conseil. 56. 
Contradiction. Sg, 69. 
Conversation. 3i, 3o, 62. 
Cour. 2. 
Crainte. 66. 



D 



Défauts. 16, 17, 34, 42, 47, 5i. 
Déguisement. 20. 
Dévotion. 64. 



Empire. 26, 27. 
Emplois.^ôo. 
Envie. 52. 
Esprit. 67. 
Petits esprits. 7, i5. 
Estime. 52. 
Evangile. 57. 



Foiblesse. 6. 
Fortune. 3o,;6o, 67. 



Grands. 22, 60, 68, 71, 75. 



HabUeté. 56. 
Hardiesse. 66. 



Ignorance. 38, 66. 
Imitation. 52. 
Ingratitude. 12, 74. 
Intérieur. 35, 37. 



Jugement, i, 58. 



Louange. 70. 



Manière. 48. 
Mépris. 25. 
Mérite. 2. 
Mode. 2, 43. 



Nature. 76. 
Noblesse. 72 
Nouveauté. iS. 



5[ - 



H 



M 



N 



— 52 — 



O 



Offices. 23. 
Opiniâtreté. 7, 41, 69. 



Parler peu. 3, 31, 36. 
Parler seul. 62. 
Perfection. 61. 
Préocupation. 65. 



Qualité. 68. 



R 



Refus. 53, 54, 55 
Religion, i, 57. 
Richesses. 14. 



Sagesse. 8. 
Science. 21, 66. 
Sincérité. 9. 
Société. 77. 
Sotise. 6, 33, 49. 



— 53 



Succès. 24. 
Suffisance. 89, 40. 



Tempérament. 5y. 
Tromperie. 4, 10, 11. 



Vanité. 71. 
Vérité 5o, 59, 69. 
Vertu. 3o, 32, 74. 




APPENDICE 



DE L'AMITIÉ 



(manuscrits de CONRART, tome XI, PAGE 175) 




'amitié est une espèce de vertu 
qui ne peut estre fondée que 
sur Testime des personnes que 
Ton ayme , c est à dire sur les qualitez de 
i'ame , comme sur la fidélité, la généro- 
sité et la discrétion, et sur les bonnes 
qualitez de Tesprit. 






Il faut aussi que Tamitié soit reci- 

8 



— 58 — 

proque^ parce que dans l*ainitié Ton ne 
peut aymer, comme dans l'amour, sans 
estre aymé. 






Les amitiez qui ne sont point estabiies 
sur la vertu, et qui ne regardent que i'in- 
terest ou le plaisir, ne méritent point le 
nom d^amitié : ce n'est pas que les bien* 
faits et les plaisirs que Ton reçoit récipro- 
quement des amis ne soient des suittes et 
des effets de Pamitié, mais ils n'en doi- 
vent jamais estre la cause. 






L^on ne doit pas aussi donner le nom d^a- 
mitié aux inclinations naturelles, parce 
qu'elles ne dépendent point de notre vo- 
lonté ni de notre choix, et, quoy qu'elles 



^59- 

rendent nos amitiez plus agréables, elles 
n^en doivent pas estre le fondement. 






Uunion qui n*est fondée que sur les 
mesmes plaisirs et les mesmes ocupa- 
tions ne mérite pas le nom d^amitié , 
parce qu*elle ne vient ordinairement que 
d'un certain amour propre, qui fait que 
nous aymons tout ce qui nous est sem- 
blable, encore que nous soyons très im- 
parfaits : ce qui ne peut arriver dans la 
vraye amitié, qui ne cherche que la raison 
et la vertu dans ses amis. Cest dans cette 
sorte d'amitié où Ton trouve les bien faits 
réciproques, les offices receus et rendus, 
et une continuelle communication et par- 
ticipation du bien et du mal qui arrivent 
entre les personnes qui s'ayment, et qui 
dure jusqu'à la mort, sans pouvoir estre 
changée par aucun des acddens qui ar- 
rivent dans la vie, si ce n'est que l'on dé- 



— 6o — 

couvre, dans la personne que i on ayme, 
moins de v^tu ou moins d'amitié , parce 
que, Tamitié estant fondée sur ces choses 
là, le fondement manquant. Ton peut 
manquer d'amitié. 






Ceux qui sont assés sots pour se priser 
seulement par la noblesse de leur sang 
mesprisent ce qui les a rendus nobles , 
puisque ce n'est que la vertu de leurs an- 
cestres qui a fait la noblesse de leur sang. 






Celuy qui ayme plus son amy que la 
raison et la justice aymeraplus en quel- 
que autre occasion son profit ou son plai- 
sir que son amy. 






6i 



L'homme de bien ne désire jamais 
qu^on le deffende injustement, car il ne 
veut point qu'on fasse pour luy ce quUl 
ne voudroit pas faire luy-mesme. 




VARIANTES 



DE LA MAXIME LXXXI 



VARIANTES 



DE LA MAXIME LXXXI 



(manuscrits de conrart)* 




ous les grands divertissemens 
sont dangereux pour la vie chres- 
tiene; mais, entre tous ceux que 
le monde a inventés^ il n'y en a point qui 
soit plus à craindre que la Comédie. C'est 
une représentation si naturelle et si deli- 



1. Plutôt que de nous borner à relever les yariantes, 
nous avons mieux aimé reproduire en entier cette autre 
version de la maxime LXXXI , en indiquant les diffé- 
rences de texte par des caractères italiques. 

Cette maxime, très-goûtée dans la société de Madame 
de Sablé, passa de bouche en bouche , et fut souvent 
répétée et commentée. L'impression n'en ayant pas ar- 
rêté la forme définitive, on comprend qu'il en ait existé 



— 66 — 

cate des passions qu'elle les emetd et les 
fait naître dans notre cœur, et sur tout celle 
de Tamour, principalement lorsqu'on le 
Teprésentc/ort chaste et fort honnête : car, 
plus il paroist innocent aux âmes inno- 
centeSf et plus elles sont capables d'en estre 
touchées ; sa violence plaist à notre amour- 
propre y qui forme aussi tost un désir de 
causer les mêmes effecls que Ton void si 
bien représentés^, et Ton se fait au mesme 
temps une conscience fondée sur Thones- 
teté des sentimens qtiony void, qui oste la 
crainte des âmes pures ^ qui s'imaginent 
que ce n'est pas blesser la pureté d'aymer 
d'un amour qui leur semble si sage. 

Ainsi ton s'en va de la Comédie le cœur 
sy remply de toutes les beautés et de toutes 
les douceurs de l'amour, et Pâme et l'es-- 



des rédactions différentes. Il a pu en être ainsi de plu* 
sieurs autres maximes de la Marquise. 

Nous avons conserré Torthographe du manuscrit, ce 
qui explique les différences orthographiques que Toa 
pourra remarquer dans les passages conformes à la ver* 
sion de Timprimé. 

I. Ces quatre lignes ne sMit pas une variante de ré- 
daction» mais «e trouvent en plus dans la version du 
manuscrit. 



-67- 

prit si persuadés de son innocence^ qu'on 
est tout préparé à recevoir les premières 
impressions y ou plutost à chercher l'oc- 
casion de les faire naître dans le cœur de 
quelqu'un^ pour recevoir les mesmes plai- 
sirs et les mesmes sacrifices que l'on a veus 
si bien dépeins dans la Comédie. 




TABLE DES MATIERES 



Pages 
La Marquise de Sablé i 

Maximes de Madame la Marquise de Sa- 
blé. Paris , Sebastien Mabre-Cramoisy , 
M.DC.LXXVIII I 

Appendice : De V Amitié (Tiré des manuscrits 
de Conrart) Sy 

Variantes de la maxime LXXXI, tirées des 
manuscrits de Conrart 65 




Imprimé par D. JOUAUST 



POUR LA COLLECTION 



DU CABINET DU BIBLIOPHILE 



AVRIL 1870